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Quelle maman ne s’est jamais posée la question de son retour au travail ? En ce qui me concerne, la question s’est en fait très vite posée : à la naissance de ma fille, je venais de commencer un nouveau travail quelques mois auparavant et il était donc impensable de négocier un congé parental. Je me voyais déjà laisser mon bébé à deux mois et demi… une situation que j’appréhendais de plus en plus à mesure que le terme de mon congé mat’ approchait. Elle me semblait encore si petite, si fragile !

Et puis, le temps de retourner au travail est très vite arrivé et je n’avais toujours pas de mode de garde..!! C’est alors que j’ai eu une chance incroyable : mon entreprise m’a demandé de faire du télétravail. Le pied intégral ! J’allais pouvoir combiner mon gagne-pain avec la garde de ma fille ! Cela a duré deux ans pendant lesquels j’ai pu la voir grandir, s’éveiller, deux ans pendant lesquels j’ai pu aussi m’adapter à son rythme, aller chez le pédiatre en plein après-midi, l’emmener au parc en journée, et profiter d’elle tous les jours. Je ne vous cache pas que cette période n’a pas toujours été de tout repos. Je me revois encore bercer ma fille en pleine conférence téléphonique avec mon équipe, ou l’entendre pleurer au moment où je démarrais une réunion. Mais être à ses côtés chaque minute, chaque jour me faisait oublier bien vite tous ces petits désagréments. Malheureusement, tout ça n’a été que de courte durée : mon entreprise a déposé le bilan au moment où j’étais enceinte de mon deuxième. Avec mon gros ventre (oui…à 3 mois j’avais déjà l’impression d’être enceinte de 6 mois..), je ne me voyais pas postuler ailleurs et j’ai donc vécu cette fin de grossesse plutôt sereinement en profitant de mes derniers moments privilégiés avec ma fille. Mais, à la fin de mon deuxième congé mat’, la question s’est de nouveau posée : devais-je trouver un autre travail ou assumer pleinement ce statut de mère au foyer ?

En réponse à cette question, je dirais d’abord que la réponse a été finalement bien plus évidente pour moi que je ne le pensais. Il m’a fallu surtout hiérarchiser mes priorités et bousculer parfois les préjugés que l’on peut avoir, notamment sur le statut de mère au foyer. Combien de fois n’ai-je pas entendu ces remarques du type “ça ne te dérange pas de dépendre financièrement de ton conjoint ?”, “tu vas t’ennuyer à garder tes enfants toute la journée”, “toutes ces études pour ça…?”, et j’en passe. J’ai finalement fait le choix de devenir mère au foyer à plein temps, et ce, pour plusieurs raisons.

1. Les finances

D’abord, quant à la question financière, j’ai fait un rapide calcul dans ma tête. Vu le coût que représente la garde de deux enfants de moins de 3 ans, qui ne vont donc pas à l’école, je ne vois pas l’intérêt de reprendre un travail pour donner la quasi intégralité de mon salaire à la nounou, et voir mes enfants 2h à 3h par jour. Mon instinct de maman louve que je suis n’allait clairement pas pouvoir se satisfaire de cet équilibre. J’ai certes la chance d’avoir un conjoint qui gagne relativement bien sa vie, mais je pense qu’à bien y regarder, en faisant ce simple calcul de budget, on se rend compte que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Le fait de voir grandir ses enfants et de les accompagner dans les premières années de leur vie vaut bien le sacrifice de quelques centaines d’euros. Je préfère donc voir le manque à gagner plutôt comme un investissement et une économie pour le foyer : on économise le coût de la garde et les frais de ménage, sans compter le stress en moins sur les horaires ou lorsqu’un enfant est malade, la qualité des repas que l’on a davantage le temps de préparer et ce temps précieux passé avec ses enfants et que l’on aide, je l’espère, à grandir plus en confiance. Tout cela pour une qualité de vie qui est loin d’être négligeable !

2. L’indépendance financière

“Mais que fais-tu de ton indépendance financière ?” me demande-t-on parfois. C’est effectivement le point le plus délicat car j’avoue que la perspective de devoir demander de l’argent à mon conjoint pour faire les courses, m’habiller…etc, ne me réjouissait pas particulièrement. Mais j’ai vite compris que cette “dépendance” financière était en fait une formidable occasion d’apprendre à se faire confiance l’un l’autre, d’apprendre aussi à remercier l’autre pour ce qu’il fait pour le foyer, qu’il s’agisse de veiller à l’harmonie familiale ou de gagner durement l’argent nécessaire au fonctionnement du foyer. Cela délimite très concrètement la contribution de chacun qu’elle soit pécuniaire ou humaine, idéalement sans mettre l’une au-dessus de l’autre. Cela doit pousser chacun à se respecter pour ce qu’il apporte, tout en reconnaissant et valorisant ce que l’autre fait. Et là est un point essentiel du statut de mère au foyer. En effet, pour que ce statut soit viable, il est, selon moi, absolument vital que le conjoint reconnaisse et soutienne celui qui fait le choix de s’occuper de leurs enfants. Sans cette reconnaissance de mon conjoint, je pense que j’exploserais en plein vol à coup sûr. Car rappelons malgré tout que le choix d’être mère au foyer n’est jamais un choix facile. C’est le sacrifice d’une carrière, une vie ingrate sans reconnaissance, non payée et sans retraite. C’est pourquoi il est important que le conjoint soit aussi moteur dans ce choix pour que la mère au foyer ne se retrouve pas complètement isolée. Evidemment, cela marche aussi dans l’autre sens. Il me semble important de respecter l’argent que l’autre rapporte en évitant de le dilapider trop futilement. Cela ne veut pas dire que l’on doive arrêter de faire du shopping, mais qu’il faut simplement savoir être raisonnable pour que la confiance de son conjoint ne soit pas entamée.

3. L’ennui du quotidien

Je dois bien avouer qu’il y a des jours où mes enfants me tapent sur le système et où je n’attends qu’une chose c’est que mon conjoint rentre le soir. Mais il n’y a pas un jour où je regrette “ma vie d’avant”. Les transports bondés matin et soir, le stress des échéances, les stratégies de politique interne aussi inhumaines qu’absurdes, le manque de reconnaissance, les potins de la machine à café sur tel ou tel collègue… non, ma vie d’aujourd’hui, pleine de couches, de caca, de pipi, d’histoires de princes et princesses, de colères démesurées et de rires qui tintent, une vie sincère et vraie avec des personnes qui ne trichent pas et dont les besoins sont bien réels et immédiats, vaut mille fois ma vie d’avant. Sans compter que mes enfants m’apprennent énormément sur moi, me poussent dans mes retranchements en m’obligeant chaque jour à me remettre en question et à me réinventer. Je peux vous dire que quand vous devez définir le menu de la semaine chaque semaine, ou inventer une histoire de dragons et de princesse quasiment tous les soirs, vous êtes obligée de faire appel à toutes vos ressources créatives !

4. La carrière

Il est vrai qu’après 10 ans d’études dont une école de commerce, on peut se poser légitimement la question du gâchis de tout cet investissement financier et humain. Mais je n’ai jamais été carriériste et mon seul souhait est d’avoir un équilibre qui me rende heureuse en faisant quelque chose qui ait du sens pour moi. Et malheureusement, j’ai vite fait le constat que la maternité est souvent difficilement compatible avec le monde du travail… Il suffit de regarder autour de soi et de voir avec quelle difficulté et honte même parfois, les futures mamans annoncent leur grossesse à leur employeur. La grossesse n’est-elle pas pourtant un évènement heureux que tout le monde devrait célébrer ?

Dans notre monde actuel où la charge mentale est de plus en plus forte, où les sollicitations, les informations, les notifications en tout genre sont de plus en plus importantes, notre bien le plus précieux est le temps, qu’il devient impossible selon moi d’investir sereinement ET dans sa carrière, ET dans sa vie familiale. On se retrouve donc bien souvent devant un choix difficile à la sortie de notre congé mat’. En ce qui me concerne, et je ne juge pas les femmes qui ont fait ou feraient un choix différent, j’ai toujours pensé que ma famille devait passer avant ma carrière qui reste souvent bien éphémère et peu reconnue, alors que ma famille est vouée à m’accompagner tout au long de ma vie. C’est certes aller complètement à contre-courant de ce que la société attend de moi, mais c’est dans cet équilibre que je trouve aujourd’hui mon épanouissement. Notre société actuelle nous pousse à investir de moins en moins de temps en quantité et en qualité dans notre vie familiale pour se dédier davantage à notre vie productive, « active » sous-entendant d’ailleurs que la vie de famille est une vie « inactive » donc sans réel intérêt… alors qu’en véritable DIY de la garde d’enfants et du ménage, choisissant “d’investir” son temps dans l’humain, qui plus est, de l’humain qui derrière ne sera pas “productif” à court terme, et ne produisant donc rien de mesurable, chiffrable, quantifiable qui puisse être réinjecté dans l’économie de marché, la mère au foyer bouscule les codes de la consommation.

Or, selon moi, c’est malheureusement ce peu de reconnaissance sociale de la vie du foyer (que l’on travaille d’ailleurs ou non) qui conduit de plus en plus de femmes au burn-out. Nous nous démenons bien souvent dans notre travail, jonglons avec notre vie de famille, en ayant l’obligation sociale de réussir tout ce que nous entreprenons, enfants inclus. Mais tout mener de front est impossible. J’en suis convaincue. Pour éviter le burn-out, il est important de faire des choix qui nous ressemblent et de créer l’équilibre qui nous procure de la joie. Et pour cela, il nous faut donc, à un moment ou à un autre, nous poser la question de cet équilibre, de ce qui nous met véritablement « en joie » dans notre vie. Car c’est bien cette joie qui est moteur de notre bonheur. La réponse à cette question est propre à chacune et il n’y a pas lieu de juger le choix qui sera fait par telle ou telle maman. Je pense que l’important est de cheminer en conscience, tout au long de notre maternité, en se posant les bonnes questions pour vivre cette maternité le plus sereinement possible.

Je vous embrasse,

Géraldine

Géraldine

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Qui suis-je ?

Je m'appelle Géraldine, je suis née en 1983, et je suis la maman de deux adorables bambins : une fille née en 2016 et un garçon né en 2018. Après quelques années en marketing, j’ai découvert la maternité avec ses joies et ses galères, et je dois bien avouer que...: j'ai été littéralement soufflée par l'onde de choc...